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vendredi 6 juillet 2007

vendredi 6 juillet 2007

Fin de l'opération TSUNAMI

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dimanche 2 juillet 2006

Samedi 1er juillet 2006

Samedi 1er juillet 2006

Derniers préparatifs pour la Birthday Party, puis nous avons un peu de temps pour profiter de la piscine d’un petit hôtel d’Ambalangoda avant de nous rendre à la People’s Banque. On arrive trop tard pour la cérémonie des moines mais à l’heure pour le Rice and Curry géant.

Cela ressemble à l’assemblée générale annuelle du Crédit Mutuel, ou à l’arbre de Noël de la CMR ; En fait il y le personnel et les enfants qui font du manège sur les fauteuils de leurs parents et devant les bureaux transformés en table chacun est attablé devant son rice and curry.

Nous allons nous servir sous les regards étonnés et curieux du personnel car là c’est du sérieux tout se passe avec les mains. De petites assiettes servent de cuillères pour se servir dans les plats.

Nous nous installons à un bureau et nous attaquons notre curry avec les doigts, devant tous les cingalais étonnés et ravis de nous voir comme eux.

Le manager dit qu’il est très heureux que nous soyons là, nous sommes les seuls clients, mais comme il sait tout ce que nous avons fait pour Ambalangoda, il souhaitait nous inviter à cette réception pour nous remercier.

Grâce à vous nous mangeons avec nos mains ce qui est toujours pour Véro un moment difficile pour conserver ses grains de riz du bout des doigts jusqu’à sa bouche.

Retour et sieste en attendant l’heure de faire les dernières courses.

À 16h, nous partons chercher le fameux gâteau. Bien sûr il dépasse en kitch toutes nos espérances, couleur orange et chocolat, un magnifique 60 et happy birthday John. 50 cm de diamètre et posé sur un plateau-miroir de 80 cm, qui double la hauteur par l’effet de miroir, je suis coincé dans le tuk tuk pour le transporter.

Préparatifs de la salle de réception, le cuisinier est à l’œuvre et l’odeur de cuisine parfume toute la maison. Dehors dans une bassine d’huile cuisent tour à tour, les crevettes géantes, les calamars et le poulet. Le boulot du cuisinier est doublé par le fait qu’en même temps qu’il cuisine il doit sauver tout ce qu’il pose sur la paillasse des fourmis et des mouches.

Les tables pour le buffet installées et les chaises mises en place tout autour de la pièce, nous pouvons aller nous préparer.

Toutes les filles sortent le grand jeu pour la soirée.

Vers 7 heures les premiers invités arrivent, c’est la famille Siri le père, la mère, la fille, le fils chacun chargé d’un instrument de musique, car ils vont animer toute la soirée avec de la musique et des chansons traditionnelles et populaires.

Puis arrivent Dudley et ses deux fils. Sa femme n’est pas venu mais Sudath lui préparera un take away pour qu’elle puisse aussi participer à la fête.

Chacun me remet son cadeau, je remercie chaleureusement. Sudath, me prend alors tous les paquets des mains et les pose sur le buffet. On n’ouvre pas ses cadeaux devant la ou les personnes qui vous les offre. Ce serait manquer de savoir vivre. Vous connaissez ce bon vieux Blaise : « Pyrénées : vérité en deça, erreur au-delà »

Ce qui lance la party c’est que je dois prendre un couteau et commencer à couper le gâteau, tout le monde s’assemble et en chœur tous les participants me chantent un Happy Birthday to you inoubliable avec la superbe voix d’Atchini qui domine les autres.

Il faut choisir si on commence par le gâteau ou le repas. On décide de commencer par le repas, mais ici l’ordre n’avait pas de conséquences.

La famille Siri s’installent sur des nattes et ils sortent un harmonium portable de fabrication indienne, deux tambourins et un grand tambour. Le père, la fille, le fils, s’installeront pendant toute la soirée tour à tour devant un instrument jouant indifféremment de l’un ou de l’autre. La mère participe au chœur. Un fils Dudley viendra lui aussi jouer de l’harmonium pendant que l’un ou l’autre des mucisiens-chanteurs Siri prendra son repas

Une file se forme devant le buffet et chacun prend une assiette puis du riz, des noodles, des crevettes, du calamar, du poulet etc.

Chacun avec son assiette pleine s’assied et mange avec sa main droite en écoutant les chants et la musique.

Puis chacun rend son assiette lorsqu’il ne veut plus manger et boit un verre d’eau préparé sur la table.

Puis petite coupe de curd au sirop de palme et le gâteau. Pour accompagner le gâteau, une sorte de quatre quarts recouverts de chocolat, il est servi un verre de coca ou de soda.

Le repas terminé, l’atmosphère devient plus détendu, chacun discute en écoutant les musiciens. Célina le bébé qui découvre tout ça veut taper sur les tambourins, danser, participer à la musique et à la fête.

Comme il reste beaucoup de chose à manger Sudath nous demande s’il peut inviter les voisins. Il n’y a pas de problème sauf que les voisins compte tenu de leur rang ne peuvent venir ici. Tout est donc apporté dans la cuisine pour qu’ils mangent là.

A 10h, nous décidons que la party est fini. C’est ainsi.

Nous disons au revoir à chacun car nous partons demain.

Sudath ne veut pas qu’on l’aide à ranger. Il va s’occuper de tout avec Deepeka, car ici rien ne peut rester sorti à cause des mouches et des fourmis.

Voilà pour cette journée, aujourd’hui on va rendre la moto à Ikkaduwa et se faire un après-midi piscine.

Revenons aux choses sérieuses, je vous fait un rapide bilan de notre action pendant ce mois.

Tsunami Actions financées par Jonzac :

Fabrication et acquisition de 7 bateaux pour des pêcheurs de rivière Acquisition de 4 machines à coudre Acquisition de 2 bicyclettes

Tsunami Actions financées par Inoka :

Aide à la reconstruction de 2 maisons Financement de la réparation d’un tuk tuk Acquisition de 4 machines à coudre

Tsunami Donner du travail aux entreprises d’Ambalangoda :

Commande, réalisation, livraison de 100 sacs pour un congrès universitaire international à Paris les 29, 30 juin et 1er juillet.

Commande, réalisation, livraison de 20 sacs pour un congrès sur l’eau à Jonzac le 1er septembre

Aide à l’orphelinat de Galle :

Début juin Aide Inoka pour des produits de consommation courante et financement d’un salaire en juin d’une aide maternelle.

Fin juin Aide Andréas acquisition du lait nécessaire pour le mois de juillet 2006.

Il reste encore une dernière liste dans le cadre des actions tsunami pour environ 1000 euros. 1 machine à coudre 7 filets de pêche 1 catamaran de rivière 1 vélo

C’est un nouvel appel que nous vous lançons pour cette dernière action qui devrait permettre de clore les actions tsunami mises en place par Inoka dès le 1er janvier 2005. L’activité future d’Inoka devrait se mettre en place sous la forme d’un parrainage de l’orphelinat de Galle, tel que nous l’avons déjà commencé.

MERCI A VOUS TOUS.

samedi 1 juillet 2006

Vendredi 30 juin 2006

Vendredi 30 juin 2006

Un peu de blues ce soir pour écrire car c’est la fin du mois, les vacances qui se terminent et surtout demain je change de catégorie, je vais désormais courir après la vie dans la catégorie des seniors.

Aujourd’hui journée farniente et piscine au Coral Gardens. Ce matin courses au Food City pour préparer la Birthday Party.

Demain soir, nous avons invité tous nos amis Sri Lankais (16 personnes) à venir avec nous partager un repas et le gâteau d’anniversaire.

Un cuisinier va s’occuper de préparer le repas.

Nous avons commandé de gâteau : 2kg500, ici c’est au poids que ça se vend. Peu importe ce qu’il y a dedans, l’important c’est ce qui est marqué dessus, il y aura vraisemblablement marqué : « Happy Birthday pour tes 60 ans John ». Ici je m’appelle John plus simple pour tout le monde et après tout pourquoi pas, je ne vois pour quelle raison je m’appellerai pareil ici et en France.

Je m’y suis fait, je réponds même quand on m’appelle.

Voilà les préparatifs sont en cours, il faudra encore demain aller chercher la glace en fin d’après-midi.

Je vous raconterai, parce qu’évidemment nous ne maîtrisons pas tout.

Ce matin nous sommes aussi passés à la banque pour demander un relevé du compte de l’association de façon à mettre les comptes bien en ordre et voir si une dernière aide pourrait être faite. Nous allons saluer le manager parce que nous partons. Il nous invite pour demain midi pour le lunch, il y a une petite fête à la banque en présence de 25 moines, peut-être sont-ils là pour bénir et favoriser la multiplication des comptes, tout évolue évidemment.

Je vous raconterai cela aussi.

Après midi piscine je l’ai déjà dit, mais la nouveauté c’est qu’il y a un homme qui lit les lignes de la main. Il a l’agrément du manager de l’hôtel, c’est donc tout ce qu’il y a de plus sérieux.

Première chose rassurez vous, vous aller encore nous supporter un moment, moi 33ans et Véro 46 ans. Ce qui me rassure c’est qu’en 2031, je pourrai être au rendez-vous des tortues, car les tortillons que nous avons remis à l’eau doivent revenir pondre dans 25 ans.

Là ou il nous a sciés quand même ; le mec, c’est lorsqu’il a dit à Véro vous avez 3 enfants, 2 sûrs, mais le dernier je le vois, mais je ne vois pas qu’il est né. Évidemment il parlait de Maria, et nous sommes restés bouche bée.

Pour le reste, programme normal, on va devenir vieux mais pas gaga, on va péter la santé, tout est bien finalement.

Nous sommes contents et lui aussi.

Ce soir repas chez Siri.

Nous y arrivons à 7h30 et en repartons à 20h45 gavés. Ils sont super gentils. En dessert, la maman a préparé spécialement pour nous, un Wapalapam, sorte de flan aux œufs, comme on ne sait plus en faire en France, de couleur brune et parfumé d’épices. Un vrai délice.

Nous passons un moment agréable et nous les retrouverons demain soir.

Retour, au guest.

Voilà ça se tire, les vacances, la vie…

vendredi 30 juin 2006

Jeudi 29 juin 2006

Jeudi 29 juin 2006

Aujourd’hui nous allons consacrer la journée à l’orphelinat de Galle. On change l’argent d’Andréas au taux de 132 roupies pour un euro, le meilleur depuis que nous venons. La journée commence bien.

A l’orphelinat nous sommes accueilli avec beaucoup de gentillesse par le personnel. La jolie secrétaire nous dit avec beaucoup de naïveté : « on vous fait une liste comme d’habitude ».

La liste est longue, et au Food City nous ne pourrons acheter que le lait, mais pour une durée d’un mois. Le manager au retour nous explique que les enfants en prennent 5 fois par jour, ils sont une cinquantaine entre 1 jour et 5 ans.

On ne pourra pas acheter le reste de la nourriture, les habits, les draps et les 50 brosses à dents, les couches, le matériel scolaire etc. Il y a donc encore de quoi faire.

Comme c’est un orphelinat d’Etat, nous demandons pourquoi tout le financement n’est pas assuré par l’Etat. Le manager nous explique que l’Etat paie les salaires des fonctionnaires qui font fonctionner l’orphelinat. Il donne aussi une dotation de fonctionnement qui doit permettre de répondre au besoin des enfants, de payer des salaires pour du personnel supplémentaire pour s’occuper des enfants , de maintenir l’établissement en l’état, de payer les médicaments si un enfant est malade ou hospitalisé etc. En fonction de tous ces aléas ils ne savent jamais si la dotation sera suffisante.

Cette dotation est presque toujours insuffisante, c’est un fait que même l’Etat admet. Il considère que dans le fonctionnement d’un orphelinat il y a une partie « charité » qui doit permettre d’améliorer le fonctionnement au quotidien. Ces aides volontaires sont apportées soit par des habitants du pays soit par des étrangers. Pendant que nous parlons une femme apporte du savon et du thé. Un reçu comme le nôtre lui est remis. Cette forme de financement est bien codifiée et un document est systématiquement remis au donateur.

Il leur faudrait environ 800 euros par mois pour satisfaire les besoins des enfants. Il manque dans le financement de l’Etat 200 à 300 euros chaque mois.

Une donation mensuelle pourrait donc être faite, sous forme de biens à consommer. Par exemple ce financement pourrait payer le lait tous les mois, comme nous venons de le faire.

De plus, avec 50 euros on peut payer le salaire d’une personne pour s’occuper des bébés. On sait que c’est ce temps de câlins qui est le plus important. L’argent que nous avons donné en début de mois a permis de salarier une personne pendant le mois de juin. C’est quelque chose de simple aussi et qui marche. Chaque mois lors du versement de 50 euros un reçu est fait précisant que cet argent est destiné à financer un salaire.

Voilà les pistes que nous pouvons donner à Fabien notamment, et voilà vers quoi nous nous orienterons. Nous pensons que de l’argent récolté peut servir tous les mois, grâce à la logistique d’Inoka en France et sur place, à acheter le lait ou d’autres produits manquants, ou à payer un salaire. Une municipalité qui participerait à ce financement recevrait chaque mois un justificatif de la dépense engagée.

Le circuit réduit au maximum les intermédiaires. L’argent est versé sur le compte Inoka France et viré sur le compte Inoka Sri Lanka, un chèque du montant mensuel prévu est remis au coordinateur sur place, qui demande à l’orphelinat ses besoins ou qui finance l’action arrêtée, un justificatif du montant dépensé lui est remis, il transmet ce justificatif à Inoka. Copie de ce justificatif peut être remis à chaque partenaire.

Aujourd’hui nous avons fait le choix du lait avec l’argent d’Andréas, car c’est ce qui nous a semblé le plus important à satisfaire. Pourtant pour la première fois depuis que nous venons la pièce des enfants ne sentait pas très bon, en effet ils manquent de couches.

Retour à Ambalangoda pour regarder l’avancement des travaux du tuk tuk endommagé, ce n’est pas fini. Déjà il est passé du vert au rouge. Tout doit être terminé avant notre départ.

Pour la maison que nous aidons à construire en partie, ils sont en train de couler les dalles du sol et le menuisier prépare les portes et les fenêtres. Nous n’avons plus d’argent pour aller au-delà, mais nous pensons que les gens pourront quand même venir s’y installer.

Pour clore la journée nous décidons d’aller boire un coca à Ikkaduwa. La mousson nous surprend et nous rentrons avec la pluie et la nuit.

jeudi 29 juin 2006

Mercredi 28 juin 2006

Mercredi 28 juin 2006

La nuit a été bonne malgré les souvenirs anciens. Toute la nuit, et ce matin encore, le vent a soufflé avec beaucoup de violence. Notre hôte nous dit que ça dure depuis 5 jours et qu’ainsi nous n’aurons pas de pluie.

La forêt que nous voulons voir est la dernière forêt vierge du Sri Lanka. C’est une zone protégée et nous ne pouvons pas y accéder sans guide. Nous désirons simplement aller à l’entrée pour voir à quoi ça ressemble. Les deux Parisiens que nous avons rencontrés à Happutale, et qui allaient voir la forêt par l’accès normal de Singarajath, nous ont dit qu’il fallait être équipé, qu’il y avait toutes sortes de bestioles et notamment des sangsues. Nous avec nos nus pieds et nos pantacourts on ne se sent pas concerné par la visite. Par contre on veut voir à quoi ça ressemble de l’extérieur une forêt vierge.

Notre hôte nous dit c’est tout droit à 16km, vous trouverez une barrière et c’est l’entrée du site. Sur la carte c’est un trait droit qui représente la route. En un quart d’heure, on fait les huit premiers km, les huit suivant, nous allons les faire en 1h et quart.

Dans un dernier village, on quitte le goudron qui est remplacé par une piste de pierres de trous de rochers. On monte parmi les champs de thé. Lorsqu’on rencontre quelqu’un, on lui demande par des gestes si c’est bien la direction de « Singarajath Forest ». Ils nous font signe en montrant la direction en répétant « Singarajath ». On monte, monte, monte, dans les champs de thé, on croise des ramasseuses en sari ce sont des Tamouls c’est-à-dire une main d’œuvre bon marché.

Mais ces hommes, ces femmes qu’on rencontre, ils nous sourient et à ce moment ils et elles deviennent des princes et des princesses. C’est époustouflant ce mélange de pauvreté et de beauté.

Un ou deux motoristes nous doublent, ce qui nous encourage.

Je passe souvent en première pour continuer notre ascension. La route tient plus du chemin muletier défoncé, des épingles se resserrent comme des lacets de sentier de montagne et à chaque fois sur les rochers glissant la moto peine à repartir. Puis Véronique doit descendre, je fais patiner au maximum l’embrayage pour lancer le moteur et en même temps je pousse avec mes jambes, elle passe encore une fois. Véro remonte jusqu’à la prochaine épingle. Celle-ci est si mauvaise, le sol si défoncé que nous nous trouvons en mauvaise posture, dans une pente qui donne l’impression que la route est là devant nous comme un mur légèrement incliné. Véro descend, je cale la roue arrière dans un trou du rocher, je relance la machine et en levant les yeux pour regarder devant ce qui m’attend j’aperçois une stupa juste au dessus de ma tête. Je dis à Véro que je continue jusque-là et que je m’arrête.

C’est un temple bouddhiste. Il y a une petite affiche sur laquelle je lis « Relax mec, tu es arrivé jusque-là, tu peux faire une petite donation ». À ce moment, une autre moto arrive s’arrête et le chauffeur fait une donation. Je lui demande « Singarajath Forest », il me répond en me montrant de continuer « Singarajath, 6km ». Au compteur je viens de faire les 16km prévus. Il repart, Véro arrive. Elle n’est pas d’accord sur le terme « relax » dans ma traduction mais elle ne sait pas traduire le mot qui est écrit.

On hésite à continuer. 6km par une route pareil on ne va pas y arriver. En regardant devant, on dirait que ça monte moins.

Je dis à Véro que nous devrions faire une petite donation car nous avons eu du pot d’arriver jusqu’ici, peut-être qu’il y est pour quelque chose Bouddha. Elle est d’accord avec moi. On lui donne chacun une pièce.

Je me dis que ça pourra toujours servir pour la descente, car les épingles à pic sur le rocher mouillé, je ne le sens pas trop pour l’instant.

On continue, la pente diminue, la route s’améliore, comme quoi Bouddha ça marche. On arrive à la fameuse barrière. Il n’y a personne pour nous arrêter. De ce côté-ci de la montagne, la piste est bonne dans la forêt. On est à moitié dans la brume, des nuages passent juste au-dessus de notre tête. Ici le climat est particulier, frais et humide constamment, c’est ce qui a permis de garder la forêt. L’atmosphère est fraîche et légère on se croirait en Chartreuse l’été pour ceux qui connaissent, pour les autre c’est comme un lieu ou la canicule et la sécheresse n’auraient pas de prise. Elle ressemble, imaginez une forêt de brocoli, avec des feuilles au bout des branches, et d’une densité telle que lorsque nous l’apercevons de dessus on dirait un parterre de mousse.

Il est près de 10h et nous devons faire demi-tour. Nous réalisons que les gens nous ont indiqué leur route pour aller à Singarajath, leur route, une route qui n’existe pas officiellement et qui traverse la forêt. On vient de pénétrer en fraude dans ce sanctuaire, mais on a vu ce qu’on voulait voir.

On repasse devant le petit temple, et nous commençons notre descente. La donation a été efficace, dans les épingles passées en première frein bloqué, mais pas les roues, je pense à Frédéric mon moniteur de moto école qui me disait toujours la moto va où ton regard va, j’évite de regarder le magnifique spectacle qui s’offre à nos yeux et je tourne au maximum la tête pour voir au plus loin le chemin. Je sens Véro à l’horizontale sur mon dos et je retiens et je dirige la moto de toute la force de mes bras.

Toujours des rencontres humaines, simples, qui nous enrichissent rien que par un échange de sourire, un signe de la main, parfois un mot lancé au passage.

Retour au Rest House pour récupérer nos affaires. Je ne dirai jamais assez que cette maison est une pure merveille.

On prend la direction de Galle qui est à 70km, on suit une vallée de culture de thé, de riz et aussi d’hévéas.

La petite promenade de ce matin nous a fatigués et nous nous arrêtons au moins 4 fois pour faire ces 70km.

Il faut dire que la chasse à la moto a été dure. Je réalise qu’une moto sur une route, ça n’existe pas. Ce n’est pas très différent en France, mais je n’en avais pas autant conscience. C’est à moi de faire ce qu’il faut pour éviter les collisions de face avec des cars qui foncent comme si on était pas là. Nous nous retrouvons plusieurs fois arrêtés au bord de la chaussée, dans le fossé. Comme maintenant je sais que je n’existe pas, j’anticipe, et c’est en première que je quitte la route. L’expérience paie.

Au fond, je me dis que c’est un peu comme dans la vie, on n’existe vraiment pour personne. On poursuit sa route seul, indifférent à celui qui arrive en face.

Un lourd et long camion nous crache sa merde de fumée noire dans la figure depuis déjà pas mal de kilomètres. Pour les cars j’ai la technique je les passe aux arrêts, ne croyez pas que c’est facile parce qu’en fait ils ne s’arrêtent pas, je double sans visibilité en klaxonnant et au bout d’un moment ils me laissent passer.

Un camion ça ne s’arrête pas. Celui-ci ralentit, il laisse un petit espace à droite, personne en face, je fonce,fonce, klaxonne, j’arrive à hauteur de la cabine, je passe. Sur la route devant moi, je comprends maintenant pourquoi il ralentissait, un énorme boudin de ciment, rond, rayé de jaune et de blanc, jusqu’à présent je n’en avais jamais vu d’aussi haut. Il est trop tard pour faire quoi que ce soit. Je ne pense qu’à tenir fortement le guidon pour que la moto continue tout droit et n’aille pas se déporter vers le camion qui klaxonne maintenant pour me traiter de cinglé, il n’a pas tort. La roue frappe, la moto décolle, Véro décolle encore plus haut, mais ses pieds restent bien accrochés aux cales pieds, elle avait vu le boudin avant moi et avait anticipé le choc. Je pense à Luc un copain, champion d’Europe de sauts à moto par-dessus des voitures. La roue arrière ne touche pas le boudin, la moto reste droite, les roues reprennent contact avec le sol, les fesses de Véro avec le siège. Déjà le boudin suivant arrive, ça marche souvent par deux ces animaux, j’ai le temps de freiner et celui-ci on le prend vite mais correct.

Toute notre fatigue, toutes nos douleurs dans les jambes dans le dos se sont effacées, miracle de l’adrénaline.

On roule normal. À Galle l’armée nous accueille.On se dit que ça commence à craindre, que ça ne va certainement pas s’arrêter tout de suite, avec tous ces attentats.

Arrivée à Ambalangoda, nous sommes lessivés, noirs du cambouis de la route. Heureusement un thé au gingembre, une douche et l’accueillante maison de Sudath nous permettent de récupérer.

On fait le point de tout ce qui reste à faire, on pense à Andréas et l’argent récolté pour l’orphelinat, on ira dès de demain. On pense à Fabien qui attend pour vendredi un dossier sur de possibles actions aussi dans le cadre de l’orphelinat.

Les vacances sont finies, on s’est déjà remis au boulot.

mercredi 28 juin 2006

Mardi 27 juin 2006

Mardi 27 juin 2006

Lever tôt 7h30 Dès huit heure on voit les ramasseuses de thé se mettre à l’ouvrage.

Nous, nous courrons à Internet, mais ici ce n’est pas un coin où les touristes s’attardent et l’équipement laisse à désirer. Aujourd’hui, bonne connexion pour la messagerie mais pas pour le blog. C’est ainsi.

À 10h on file. On s’attarde dans la descente vertigineuse, pour profiter du spectacle. Lorsqu’on décide de rouler, on passe en conduite, mode expert, sur une route complètement défoncée. Bien sûr on n’avance pas. En plus on fatigue à se prendre tous ces trous et toutes ces bosses dans le dos.

Ce sont des travaux d’agrandissement de la route.

Puis apparaissent des parties parfaitement finies et lisses comme un billard, on enchaîne les virages et tout à coup à nouveau la piste défoncée. Puis bitume de rêve, à ce moment la fatigue nous quitte. Je fais des pointes à 60 à l’heure. À nouveau la route cassée. Vous avez compris, c’est un peu galère aujourd’hui, alors qu’on est sur une grande route et ce qu’on doit faire pour arriver à l’étape c’est une toute petite route. En principe la difficulté est devant.

Enfin la route redevient normale et on peut rouler. Au-delà de 50 dans cette vallée, les rafales de vent déportent la moto et son chargement, c’est maintenant une autre difficulté.



A 12h30 nous arrivons à l’intersection où nous devons quitter la grande route. Nous avons au moins une heure de retard et beaucoup de fatigue. Nous déjeunons et repartons rapidement par la petite route de montagne.

Au début ce sont des rizières qui bordent la route, puis à mesure que nous montons c’est le thé qui occupe le terrain. Nous enchaînons les épingles à cheveux qui sont numérotées comme à l’Alpe d’Huez. Il y en a 10. Nous arrivons à une zone de conifères des espèces de grand pin dont les aiguilles envahissent la route. Plus haut encore ce sont des arbres dont les troncs ressemblent à ceux des eucalyptus mais pas la feuille et puis le thé reprend possession de l’espace.

Ce sont des champs de thé à perte de vue. Les factories sont posées comme des cathédrales au sommet d’un promontoire pour bénéficier de l’aération, et tout autour à perte de vue le thé.

Les femmes cueillent, vident leur panier dans des sacs qui sont transportés jusqu’à la factory. C’est toute l’activité de cette région, tout le monde vit et travaille pour le thé.

Sur la route, pour les autres véhicules que nous croisons nous n’existons pas, c’est la règle du mode expert. Dès qu’un car qui occupe toute la largeur de la route surgit d’un virage, il faut sauter sur le bas-côté de la route, sinon le pire est à craindre. Nous quittons ainsi plusieurs fois la route à petite vitesse pour s’échapper. Bien anticiper est la règle à tenir.

On fait à peu près du 15 à l’heure, mais le spectacle nous comble. Dans les villages où l’on s’arrête on demande le nom et nous sommes toujours étonné d’avoir aussi peu avancé sur la carte.

Les enfants tous vêtus de blanc reviennent de l’école et nous font de grands salut en nous demandant nos prénoms.

Nos arrêts sont plus raprochés et la fatigue revient plus vite dès que nous repartons.

Nous croisons les ramasseuses de thé et les porteuses de fagots qui rentrent préparer le repas du soir et s’occuper des enfants.

C’est une des routes les plus merveilleuses que nous connaissons et cette fois-ci je crois que même Bali passe au second plan.

On finit par arriver à Deniyaya, but de notre ballade.

Je retrouve assez facilement le Rest House où nous avons logé il y a 15 ans.

Véronique voulait revoir ce lieu dont elle ne gardait qu’un souvenir douloureux. Nous avions fait en voiture la même route et nous étions arrivés aussi fatigués. Véro le dos complètement bloqué s’était couchée dans une chambre horrible, pas nettoyée depuis le départ des Anglais en 1946. Elle ne gardait que le souvenir de la charpente.

Pendant ce temps Maria et moi, nous essayions de chasser les cafards qui vivaient dans la pièce et la salle de bain. Ils étaient grands comme la main, nous les poursuivions avec une bombe insecticide qui ne les tuait même pas, ils fuyaient à peine. Ils nous regardaient méchamment mais nous les tenions ainsi dans un coin de la pièce. La salle de bain aussi était d’époque avec une grande baignoire métallique sur pieds à la fois rouillée et jaune de tartre. De même pour le lavabo et les WC.

Il fallait dormir ici. Véro ne pouvait plus bouger. Elle était indifférente à ce combat que nous menions.

Après le dîner, après la toilette rapide, après avoir tenu en respect les cafards dans leur coin. Nous avons rapproché les 3 lits qui semblaient perdus dans l’immense pièce.

Nous avons tout mis en hauteur, nous avons mis nos chaussures sur notre lit aussi, puis nous avons éteint laissant pour la nuit l’immense plancher vermoulu à disposition de la vermine.

Aujourd’hui tout à été refait, mais les chambres sont les mêmes et les lits toujours perdus au milieu. La salle de bain a gardé sa dimension de pièce à vivre, mais dedans tout est neuf.

Il faut dire que la maison perchée sur un piton a le charme d’une maison coloniale. Deux avancées de toits qui forment deux terrasses sur des niveaux différents, séparées par des colonnes de bois. Devant nos yeux l’immensité des champs de thé.

Finalement 15 ans après, on est en meilleure forme malgré la route.

Ce pays permet de rester jeune.

lundi 26 juin 2006

Lundi 26 juin 2006

Ce matin, on se lève assez tôt parce que nous avons de la route à faire. On file à Internet où l’on apprend qu’il vient d’y avoir un attentat à Colombo. Un général est mort et 3 soldats. Ce serait un kamikaze à moto. Comme vous le voyez ça ne s’arrange pas, il y a maintenant des check-points partout sur les routes. Je suppose que tout le monde s’en fout because la coupe du monde de foot.

À ce propos hier soir je vous ai dit, je crois, qu’il y avait deux nouveaux guests d’une trentaine d’années. Ce sont des gens du Nord, Finlande, Norvège peut-être Danemark ? Pas très causant, à peine bonsoir et ils jouent au tric trac pendant leur repas. Pas très causant entre eux aussi. Lui grand, énorme style wiking chauve à qui il faut son demi poulet pour être bien. Elle grande, blonde, jolie un peu triste. Les portes des chambres donnent dans le séjour où nous dînons. La porte de sa chambre est juste dans son dos. Il la ferme consciencieusement à clé chaque fois qu’il a besoin d’y aller.

Après le repas, durant lequel aucun mot n’est échangé entre eux et entre eux et nous, il demande au manager du guest de mettre la télé car il veut voir les matchs de la coupe du monde et notamment un match important ce soir à minuit et demi, heure locale. Le manager terriblement gêné essaie de lui faire comprendre qu’il a d’autres clients dans le guest ( nous) et qu’il ne peut pas mettre la télé à minuit, par contre s’il veut il peut l’emmener dans un hôtel voir les matchs. C’est ici qu’il veut regarder.

Véro vide les photo de son appareil sur le mac.

Pendant ce temps, ils essaient de lui mettre la télé, mais évidemment ici l’image c’est canal+ codé, ça ne les dérange pas, mais lui si.

Nous allons nous coucher. Nous ne saurons jamais s’il a réussi à voir son match.

Ce matin au moment de partir ils sont prêts et attentent dans le guest avec une énorme valise bleue style samsonite et attendent le taxi qui doit les emmener à Kandy.

Nous pendant ce temps, toujours dans notre style « Carnet de route », on est entrain de ficeler nos sacs sur le porte-bagages de la moto. Deux sacs à dos l’un sur l’autre ce qui fait un sisi bar à Véro.

Dès que leur taxi est là ils roulent leur samsonite en passant à côté de nous, et monte dans leur taxi sans nous saluer.

On part à 10h et on va arriver à Happutale à 17h, 180 km plus loin. La première partie de la route se passe très facilement. Alors nous décidons d’aller voir un bouddha sculpté que nous n’avons jamais vu c’est un détour d’environ 60 km, mais qui va nous prendre 3 heures.

Mais ça valait la peine. On découvre perdu au fin fond de la brousse Sri Lankaise un site récemment découvert qui comporte un bouddha sculpté, la statue d’un autre personnage qui ne serait pas un bouddha, et un pilier comportant des inscriptions, tout cela datant de plus de 7 siècles avant notre aire. La statue qui n’est pas un bouddha est sur une sorte de pyramide à degrés comme au Mexique où à Sakkara mais en plus petit.

Content de notre visite, on fait demi-tour. C’est un merveilleux paysage de rizières que nous côtoyons. On s’arrête pour déjeuner dans un petit village où l’on fait figure de martiens. En plus on mange des roties comme tout le monde.

Reprise de la route d’Happutale, on monte jusqu’à une cascade qui tombe à pic d’une falaise d’environ 8oom. On s’arrête, on confie à la garde du marchand de glaces, la moto, les bagages et les casques. Puis on monte dans le lit de la rivière. Véro qui a mal au genou droit s’arrête avec une famille de Colombo qui pic nique sur les rochers.

Je continue jusqu’au pied de la falaise. Il y a un petit lac d’eau transparente. En levant les yeux je vois la vertigineuse chute. J’entre les pieds dans l’eau, mes Géox grâce à leurs trous ressemblent à des éponges.

L’eau bondit sur la falaise ou ruisselle sur le rocher. Elle forme tout au long de son parcours comme un voile de mariée, pas en tulle trop rigide, pas en soie trop proche de la matière. L’eau qui tombe est un embrun, une brume, un voile de brouillard, ce n’est plus de l’eau que je vois et que je sens sur ma tête, c’est de l’extrait d’eau, c’est l’esprit de l’eau. Je veux bien être baptisé par cette eau, dans ce petit lac, dans cette beauté si proche de la nature, qu’elle en est devenue divine.

On repart pour la dernière partie de la route. C’est du sérieux maintenant et la moto peine sur sa seconde à nous transporter aussi haut. En première, je double des camions de grumes qui crachent une fumée noire et avancent au ralenti. Les ramasseuses de thé reviennent chez elle leur panier vide après être passé à la factory. D’autres femmes portent des fagots de bois pour préparer le repas. C’est la fin de l’après midi chacun rentre chez soi.

Happutale enfin. L’hôtel est sympa, presque occidental avec télé et eau chaude. En trois semaines, première douche chaude, je goutte ce plaisir, à chacun ses faiblesses. Sans doute qu’en enfer on me versera de l’eau bouillante sur le dos, tant pis. Je pense que le diable doit lui aussi acheter son pétrole aux pays arabes et plus je consomme d’eau chaude aujourd’hui, moins il aura de pétrole pour avoir de l’eau bouillante à me verser sur le dos.

Ballade dans Happutale. Repas à l’hôtel, rencontre avec deux parisiens sympas. On discute en français, ça faisait longtemps. On va peut-être les revoir demain, on suit à peu près le même parcours. On les reverra de toute façon dans l’avion pour rentrer, on prend le même.

Véro regarde les infos à la télé et s’inquiète de ne pas avoir d’eau pour cette nuit. Mais ici il fait frais, il y a même des couvertures pour dormir.

		

lundi 26 juin 2006

Dimanche 25 juin 2006

Dimanche 25 juin 2006

On serait bien resté à dormir tellement on est bien et au calme, mais le petit dèj est prévue à 8h30. Inernet des difficultés pour lire les mails. Enfin on a pu lire celui de Maria et de son virement bancaire, mais on n’a pas pu lui répondre. Par contre j’ai pu mettre à jour le blog. J’espère que demain ce sera pareil, c’est pourquoi je mets ce petit mot pour elle. Les virements c’est simple à faire sur internet mais j’oublie souvent la dernière touche de validation parce qu’elle n’est pas spontanée. En principe le virement n’est pas effectué et le compte non débité. À voir de toute façon dans une semaine, on est là.

On essaie le grand hôtel d’ici, modeste par rapport à ce qu’on a vu, et il n’a pas internet.

On se ballade sur le bord du lac où tous les pèlerins qui vont ou reviennent de Kataragama se baignent en famille. Les hommes et les femmes se baignent en sarong. Pour les femmes, le sarong monte jusqu’aux aisselles et pour les hommes jusqu’à la taille. Ils en profitent aussi pour sortir le savon et faire un brin de toilette.

Tout ça est très populaire et très organisé. Des femmes font cuir dans des récipients d’huile du poisson du lac, qu’elles vendent ensuite au pèlerin. On nous en propose, mais je dis non. Il y a de petites cabines métalliques qui permettent de se changer, quitter le maillot de bain sarong pour se rhabiller ou l’inverse. Il y a aussi des poubelles vertes ou jaunes pour faire du tri sélectif.

Après avoir passé un grand moment avec eux, on change de monde et on va déjeuner dans un bon restaurant, pour prendre des forces avant notre safari à Yala.

On revient au guest faire une petite sieste, en attendant.

Vers 15h la jeep est là et l’on part pour le parc.

Je ne vous ai pas encore parlé du climat et de la végétation. Depuis Matara la végétation se modifie, en fait elle s’enrichit et devient plus diversifié. À Tangalle, il reste encore des palmiers, mais une petite végétation africaine se met en place, de petits arbres avec une large frondaison. A Tissa puis dans le parc de Yala c’est l’Afrique. On roule dans une végétation de petit buissons très denses qui nous rappellent le Nord du Sénégal, du sable et de l’herbe rase par endroits.

On roule sur une piste pas trop défoncée, et l’on aperçoit différents animaux et oiseaux, dont des éléphants, un ours des cigognes, des ibis, des crocodiles, des biches et des cerfs, des familles de sangliers, des chacals… Comme c’est dimanche on se dit que les animaux dissimulés doivent nous regarder passer. Tiens un 4X4 toyota, c’est nouveau ! Là une Nissan, si maintenant ils se mettent à venir en voiture ordinaire, il vont bientôt venir en mobylette. On ne peut pas laisser faire ça. Bobby fait leur peur. On s’en fou je te dis, ils ne quittent jamais la piste. Laisse moi rêver à la petite biche que je vais croquer ce soir.

Tout le bord du parc qui longe l’océan a été ravagé par le tsunami. Des monceaux de bois brisés restent en l’état.

Retour au guest vers 19h, il y a deux nouveaux guests qui ne sont pas très bavards avec nous. Ils jouent au tric trac en attendant le repas.

Le nôtre est prêt et la patronne nous le sert. Son sourire est tellement charmant que je pense que je pourrais lui demander n’importe quoi. Elle s’affole à l’idée que je puisse trouver son curry trop épicé. Je la rassure. Elle part préparer le repas des deux nouveaux guest.

		

Capitre 24 : Ernst

24) Ernst

Si tu vois l’âme dans n’importe quel être vivant, ta vision est vraie. Si tu vois l’immortalité dans le cœur de n’importe quel être mortel, ta vision est vraie..

Bhagavad Gita


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Ambalangoda, neuf heures du matin, séance de photos du bateau avec la famille du pêcheur. Le bateau est posé en retrait, sous les cocotiers et sous les palmiers, parmi les détritus et les gravats qui restent du tsunami. La plage et la mer n’apparaîtront pas sur les photos. Anilh lui propose de reprendre une équipe pour aller poser le bateau sur la plage. Sophie lui dit qu’il n’en est pas question. Elle expliquera aux donateurs. Les photos se feront là où est posé le bateau. Les noms des sponsors sont collés de chaque côté de la coque et le pêcheur et sa famille se mettent près du bateau. Il y a aussi des fanions à poser. Comme il n’y a rien pour accrocher, Ils les posent sur l’avant du bateau. Tout ça paraît bien dérisoire. C’est le prix à payer, le retour pour les donateurs. Le pêcheur et sa femme, ses enfants, s’y prêtent volontiers. Sophie pose aussi à côté du bateau car le pêcheur veut avoir une photo d’elle et du bateau. Sophie dit au revoir au pêcheur, à sa femme, à ses enfants. Un épisode se clôt. Pour Sophie c’est la encore la concrétisation de son engagement. Pour le pêcheur, c’est quelque chose qui relève du mystère. Pour lui cette femme est plus qu’une femme. Elle est divine. C’est un miracle qui a eu lieu. Cette divinité va disparaître de sa vie comme elle y était venue, sans qu’il sache vraiment pourquoi. Elle part comme la marée se retire. Il a quelque chose dans la gorge, comme une boule de joie et de désespoir, il ne sait comment le lui dire. Il met tout dans ses yeux pour qu’elle comprenne. Il serre la main qu’elle lui tend, ils se regardent puis ils se quittent. Malgré les promesses, se reverront-ils ? Sophie fait un dernier tour pour voir les familles côtés sud, et voir l’installation des lits, des matelas, des armoires. Tout est bien là, à l’intérieur des maisons en bois ou dans les tentes. Certains dont le toit n’est pas suffisamment étanche ont mis leur armoire dans la maison provisoire d’à côté. Tout le monde est très heureux de pouvoir dormir sur un lit et un matelas et de pouvoir ranger le linge. En riant, une femme lève son pouce pour dire à Sophie que c’est super ce qu’elle a fait pour eux. Ce geste enfantin, espiègle, bouleverse Sophie qui réalise l’espoir qu’elle a redonné à cette femme. Elle laisse ces gens. Elle sait qu’elle ne les reverra peut-être pas. Elle promet de revenir. Elle est triste, ils sont si attachants. Ils lui ressemblent tant.

Après le déjeuner, Sophie et Ernst retourne aussi au village de pêcheurs du secteur nord. Sophie pour un dernier adieu aux meilleurs amis dont Siri. Ils garent la moto à côté du petit restaurant. Dès qu’ils ont enlevé leur casque, ils voient un attroupement, dans le village. C’est un cortège qui se forme avec des tambours en tête. Ils s’approchent. La vieille femme diabétique est morte, leur dit-on. Hier personne n’en a parlé. Cette femme avait toujours vécu sur cette plage. Cette cabane provisoire en bois avait remplacé sa maison de torchis au toit de palme. Née en 1941, elle avait tout connu, les Anglais, l’Indépendance, l’éternel lutte pour le pouvoir entre Tamoul et Cingalais, la lutte d’influence entre les clans cingalais du Centre de l’île et de la côte. Cette guerre civile qui dure depuis trente ans a dévoré son fils. Elle a connu le tsunami qui est venu balayer sa vie depuis le 26 décembre. Ce jour-là, la paillote, dans laquelle elle avait toujours vécu n’a pas résisté. Elle a été surprise, entraînée comme un grain de sable par la force du courant, parmi les débris de bois et de palmes qui constituaient les huttes de pêcheurs. Ballottée par les flots, elle a cru que sa dernière heure était venue. Les pêcheurs l’ont retrouvée deux cents mètres plus loin, gisant dans la boue et les décombres du naufrage. Ils l’ont transportée jusqu’au bord de la route principale. Ils l’ont allongée dans l’herbe et depuis, elle ne s’est jamais relevée. Il y avait dans son regard de l’incompréhension, de l’étonnement plus que de l’effroi. La mort ne lui faisait pas peur, c’est une délivrance par rapport à cette vie. Depuis six mois, elle l’attendait, regardant le monde autour d’elle, allongée sur son matelas envahi par les mouches. Ce village n’était plus son village. C’était devenu un camp de cabanes provisoires en bois et de tentes. La végétation avait disparu, plus de petites haies pour délimiter des passages, plus de fleurs sur le pas des portes pour marquer un peu de bonheur. Son village n’était plus que ruines et décombres. Dans les petites maisons, le dénuement est total. Ils sont devenus plus pauvres que les pauvres. Les voisins n’étaient plus ses voisins, ils étaient partis plus loin vers le monastère dans un camp pour réfugiés. D’autres démunis étaient restés ou lassés des camps étaient revenus. L’ordre ancien était rompu et pour elle il ne pouvait rien en sortir de bon. Cette vie ne l’intéressait plus. Elle n’avait jamais remis en question sa vie jusqu’à ce jour. Ses parents, ses grands-parents étaient du village et pêcheurs. Elle avait épousé un pêcheur et ses enfants étaient pêcheurs. Elle ne demandait rien d’autre. Chaque matin sur l’autel familial elle brûlait un bâton d’encens pour que les dieux veillent sur elle et sa famille, sur le village aussi, sans la solidarité duquel aucun pêcheur n’aurait pu survivre. Elle entendait la mer taper sur la plage. Elle n’avait pas peur. C’est ici qu’elle avait toujours vécu. C’est ici qu’elle avait mis au monde ses enfants. C’est d’ici que son mari était parti pour la pêche sans retour. À la fin, la peur de ce monde nouveau était telle qu’elle refusait de s’alimenter.

Le cortège s’ébranle. Tout le village suit. Deux tambours et un flûtiste précèdent la foule. Les tambours donnent la cadence de la marche tandis que la flûte émet un son lancinant comme pour exprimer le chagrin du village. Le cercueil, porté par de jeunes hommes, domine la foule. Il n’est pas tard, mais les nuages noirs de la mousson cachent la lumière. Il fait noir. Sophie et Ernst prennent place dans le cortège. Sophie est tirée par la main. Une femme l’emmène près des pleureuses et de la famille. Elle ne veut pas être là, mais elle n’a pas le choix. Elle a trop pris soin de cette femme pour rester à l’arrière comme une étrangère. Elle a eu pour elle trop de compassion pour ne pas être considéré comme un membre de la famille. Sophie n’avait pas peur de la mort de cette femme. Ce n’était pas dans sa nature, mais ici, c’est tellement plus facile, la mort est aussi présente que la vie. La femme mourait et des enfants jouaient près de la cabane, des hommes partaient pour la pêche, des femmes vaquaient à leurs occupations. La mort à l’œuvre n’est pas dissimulée dans des lieux réservés. Chacun entrait et sortait de la chambre, en fonction des nécessités du quotidien. Ce n’était pas de l’indifférence. La mort est compagne de la vie. Nulle peur, nulle hypocrisie, un accompagnement, comme elle est accompagnée aujourd’hui.

Le cortège a atteint le sommet de la petite côte où s’est arrêté le raz-de-marée. Il pleut pour ce dernier voyage. Ils parcourent la rue principale. Les tambours et la flûte annoncent le passage du cortège. Les gens sortent sur le devant de leur maison ou s’approchent au bord de la rue, pour participer aussi à l’enterrement et témoigner leur solidarité de pure forme pour la douleur de la famille. Dans la rue principale, personne ne connaissait cette pauvresse. Les gens d’ici ne fréquentent pas le village de pêcheurs. C’est le monde des nantis. Les maisons de style cingalais sont en dures. Ici on est riche de père en fils comme là-bas on est pauvre de père en fils. Le fatalisme religieux permet de faire tout accepter, dans l’attente d’un monde meilleur, un paradis peut-être ou une réincarnation plus favorable. Ils passent devant le guest house de Sarath. Il y a sa femme Maligni et leurs enfants, un ami chauffeur de van et Héléna. Ils ne sont pas concernés par la morte. Ils sont là par tradition, parce que, pour le voisinage, ils ne peuvent pas ne pas être là. Ils ne comprennent pas la présence de Sophie. Ils ont l’impression de voir passer un reproche vivant. Le cortège tourne à droite pour suivre une petite rue qui descend et revient vers la plage, vers le village, face à l’entrée du cimetière. La boucle est bouclée.

Le cercueil est posé à terre sous des guirlandes blanches qui décorent les palmiers pour l’occasion et aux pieds d’un portique en tissu qui rappelle les dates qui ont marqué le passage de cette femme sur terre. Un trou a été creusé. Les musiciens se placent un peu en retrait. On ouvre le cercueil. Le couvercle se déploie en deux parties au-dessus du cadavre. L’intérieur est tapissé de blanc. Elle est là, toute petite, toute menue. Elle est vêtue d’un sari blanc avec des plis impeccables sur la poitrine, elle porte des gants blancs et des boucles d’oreilles blanches. Son visage est détendu, apaisé, comme elle était déjà sur son lit de gisante. On l’a « endimanchée » pour son dernier voyage La musique reprend, les tambours sonnent gravement de lourdes notes comme d’énormes gouttes de mousson, la flûte chante une musique lancinante comme des pleurs d’enfant qui se prolongeraient indéfiniment. Les pleureuses se sont tues. La pluie a cessé. Pour la première fois, depuis le début de son séjour, Sophie a une sensation de froid. Un frisson parcourt son corps. Autour du cercueil, la famille et la foule se mettent à tourner, trois fois dans le sens des aiguilles d’une montre. Pendant ce temps, des hommes passent dans les poignées du cercueil, des cordes faites de fibres de noix de coco. Le couvercle est remis. Le cercueil est descendu dans le trou. Les pelletées de sable tombent dans la fosse. Le trou est rebouché. Un petit monticule de sable marque l’endroit. À la tête et aux pieds, des bouts de toiture brisée en fibrociment, comme des piquets, délimitent l’emplacement. Deux couronnes de fleurs sont posées, près de la tête. Elle est revenue près de sa maison. Elle ne quittera plus jamais son village. Il ne pleut plus. Des groupes se forment, échangent. La vie reprend son cours. La foule s’éparpille. Sophie et Ernst s’éclipsent pour aller chez Siri. Siri, malgré sa timidité, l’embrasse, il a beaucoup de peine, ils se quittent vite pour ne pas faire durer ce moment difficile. Ils passent chez Dudley qui reste sur sa réserve, qui n’arrive toujours pas à sortir de sa coquille. Lui aussi souhaiterait dire tant de chose qu’il ne peut pas dire. Dernier arrêt chez les parents de Anilh. Ces deux là, elle les aime beaucoup. Quelle gentillesse, quelle générosité, quel effacement. Ce sont eux qui représentent bien les gens d’ici, ceux qu’elle a le plus de mal à quitter. Ils ont permis d’assurer toute la logistique de son action sans jamais se manifester. Elle laisse, elle le sait, deux êtres précieux. Ils retournent à Ikkaduwa. Elle ne refera plus cette part de route en moto. Elle ne se serrera plus contre Ernst, lui faisant totalement confiance. Aujourd’hui tout s’arrête, c’est difficile. Elle prépare ses bagages.

Sophie et Ernst vont dîner ensemble en attendant le van qui viendra les prendre à minuit. Ernst la remercie pour ce qu’elle est, pour ce qu’elle lui a donné. Il ne savait pas, lui dit-il, qu’il existait des femmes comme elle. Elle rit, pour ne pas le laisser s’embarquer, dans un registre trop nostalgique ou trop romantique. Elle lui dit, qu’il voit en elle bien plus que ce qu’elle n’est en réalité. Il l’idéalise. Elle est une simple femme. Elle essaie de vivre simplement, ce qui n’est pas toujours facile. Elle ne fait pour ce pays que payer une dette ancienne. Elle a apporté de l’argent. C’est tout. Les gens, lui ont encore tellement donné par leur humanité qu’elle se sent toujours débitrice envers eux. Ils lui ont redonné le sentiment d’être utile à quelque chose. En France, elle est déjà inscrite sur les registres des rebuts de l’ « anpé » la plus grande entreprise française avec cinq millions de sociétaires. On n’a plus besoin d’elle. C’est la crise de la civilisation occidentale, cet Occident qui n’a plus besoin des hommes et des femmes qui le constituent. Ernst lui prend la main et lui dit qu’il a besoin d’elle. Elle le regarde droit dans les yeux: je reviendrai dans un an dit elle. Sans hésiter il dit : Je serai là. Le van avec Samantha et Anilh arrive. Ils embarquent tous les quatre. Elle parle avec Ernst tout le long du trajet, comme s’ils voulaient se donner l’un à l’autre un maximum de mots en provision pour l’année à venir. Elle embrasse ces trois hommes, Samantha, puis Anilh qui ne peut retenir une larme, et Ernst, qui la serre contre lui. Il lui dit : dans un an, je serai au Blue Note, je t’attendrai. Il lui glisse dans la main une petite boîte. Le van repart, emportant ses hommes. Sophie marche seule dans les couloirs de l’aéroport de Kutanayake, pour atteindre le terminal d’embarquement. Elle porte au cou un médaillon en or, un éléphant dont le corps est pavé de brillants.

dimanche 25 juin 2006

Samedi 24 juin 2006

Samedi 24 juin 2006

On a si bien dormi, dans notre guest à 3 euros la nuit, que nous nous réveillons à 8h30, alors que nous avons de la route à faire. On essaie de faire vite, mais ici ce n’est pas possible, le temps qu’ils aillent acheter ce qu’il nous faut pour le petit dej. Car en fait ils n’ont rien pour le cas où nous aurions décidé de ne rien prendre. On a le temps de préparer les affaires et d’attendre encore le patron qui revient avec le pain en tranches, le beurre et la confiture. Vers 9h30, on décolle. Arrêt immédiat à Internet qui fonctionne toujours aussi bien. Comme nous échangeons en français, Véro et moi sur le score de France Togo, un homme nous parle en français.

Il s’appelle Manjula, il a appris le Français à l’Alliance française de Matara et n’est jamais venu en France. Il est guide officiel. Il a travaillé dans le cadre du tsunami pour aider son village et il connaît Kasih Bunda, une association dont Véro s’occupait lorsque nous étions à Grenoble pour les adoptions au Sri Lanka. Il a un site internet / lesamisdemanjula.facite.com

Nous échangeons nos coordonnées et nous le laissons car nous devons faire la route.

Jusqu’à Hambantota le route est un peu pourrie. On perd le feu rouge arrière de la moto. On s’arrête pour le récupérer car nous savons qu’ici ils pourront toujours nous le réinstaller. A Hambantota, on va au Rest House qui est un hôtel d’Etat c’est-à-dire désuet et non entretenu. C’est un bâtiment en hauteur qui permet d’avoir une vue générale. On s’arrête pour y prendre un café Ici il y a eu 3000 morts. La ville semble avoir repris un aspect normal, mais il manque beaucoup de maison en bordure de mer.

On décide de filer jusqu’à Tissamaharama pour se prendre un guest et revenir éventuellement sur Hambantota.

On s’arrête au « Lac view » qui n’est pas du tout à côté du lac qui borde la ville.

Là nos projets changent. On va cet après-midi aller à Kataragama. Demain nous pourrons ainsi aller dans la réserve de Yala en fin de journée pour voir différents animaux sauvages.

Déjeuner, réparation du feu arrière de la moto à la colle forte, et fixation avec une rondelle car le trou ou passe la vis est devenu trop grand, et ça tient !

Une route comme un billard nous mène à Kataragama, mais elle est limitée à 70km/h. Véro me dit qu’à 70, à l’arrière l’effet est maximum.

A Kataragama on repère les lieux pour retrouver le temple de Ganesh. Ici c’est Lourdes, mais avec la particularité que toutes les religions s’y retrouvent. C’est le côté sympa. Il y a quinze ans avec Maria, on avait versé une donation à Ganesh pour que tout se passe bien. Il me semble que ça a pas trop mal marché et l’on veut faire une nouvelle donation pour que ça continue.

On revient vers l’entrée où il y a tous les magasins de bondieuseries, pour boire un coup. J’en profite pour me faire raser, car pour éviter d’emmener trop d’affaire, je n’ai pas emporté le nécessaire. Mais finalement c’est 30 roupies et le prix de deux rasoirs BIC au Food City, c’est 20 roupies. Et puis c’est toujours agréable de se faire raser. On retourne boire un coca avant d’aller à nouveau sur le site. Véro s’assied et voit tout à coup le plafond qui se met à bouger. Elle pense à un coup de fatigue. Non c’est une toile de plastique tendue pour dissimuler le plafond qui s’est mis à bouger lorsqu’ils ont mis en route le ventilateur pour nous. Tout le monde rit. Ils mettent à la télé des DVD de Karaoké et l’on en profite en buvant notre coca.

Retour sur les lieux saints. On passe par la rivière car à cette heure tous les pèlerins font leur toilette. Hommes et femmes enveloppés dans des sarongs se lavent au milieu de la rivière. Puis l’éléphant de service arrive lui aussi pour son bain rituel, avant de participer à la cérémonie. Il boit longuement, pisse comme une pompe à incendie, enfin se couche dans l’eau et le cornac l’asperge. Lorsqu’il part nous le suivons. Il pénètre dans l’enceinte sacrée et s’agenouille devant l’entrée de tous les temples, les fidèles sont étonnés et le prennent lui aussi pour un dieu. Puis il va dans le parc pour passer une bonne nuit. Défilés, chants et danses, offrandes, bris de noix de coco, tout y est. On fait notre donation à Ganesh et on a droit à notre point rouge entre les yeux. Il fait nuit noire maintenant et nous devons rentrer.

À peine avons-nous quitter Kataragama que la moto montre des signes d’essoufflement. Elle cale. Je passe sur la réserve de carburant, elle repart. Je roule lentement à cause de la visibilité et pour économiser l’essence. Tout se passe bien jusqu’à l’arrivée ou nous constatons qu’il ne manque pas d’essence. En fait cette moto n’aime pas rouler doucement, surtout pendant les premiers km.

Au guest ils sont super gentils. Ils nous préparent une soupe. La patronne à un sourire adorable. Il y a des moustiques quand même.

Chapitre 23 : Le bateau

23) Le bateau

Quand l’eau rejoint l’eau, ce n’est pas une rencontre, mais une unification.

Swami Prajnanpad


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La première chose qu’ils font en ce début de journée, c’est de régler le sort des lits récupérés. Anilh pense qu’on peut les donner en l’état, les gens les finiront eux-mêmes ou se feront aider pour quelques roupies. Il va aussi pouvoir revendre l’outillage. Puis Anilh appelle Beruwala. Le bateau peut-être mis à leur disposition dès aujourd’hui, mais pour cela ils doivent régler le solde en argent liquide. Ils passent à la banque pour retirer l’argent nécessaire. Sophie remercie le manager qui a été très sympathique et coopératif avec elle. Elle lui demande un carnet de chèques et elle lui demande aussi de veiller à ce que les relevés de compte lui soient bien adressés en France. Le manager en vrai cingalais, répond « no problem ». Samantha les attend, ils roulent vers Beruwala. Dans le bureau toujours aussi crasseux, Sophie sort de son sac les liasses de billets. Tout est compté et recompté. Le compte y est. Les dernières signatures sont apposées sur les différents documents. Enfin le bateau appartient à l’association. Le moteur Suzuki 25 est là-dehors à côté du bâtiment. Il est emballé dans une armature en bois recouverte de plastique. Un bout du plastique est déchiré pour montrer à Sophie que c’est bien le moteur qu’elle a acheté. Le bateau doit arriver dans quinzaine de minutes. Sophie réalise que ce chantier naval n’est qu’une agence locale de Neil Marine. Le patron lui explique que le bateau a été fabriqué au Nord de Negombo, là où sont fabriqués tous les « Neil Marine », dans le chantier de la société. Il est en route, il ne va donc pas tarder à arriver. Pour les faire patienter, le responsable de l’agence leur propose d’aller visiter un bateau que Neil Marine vient de construire, qui est dans la rade de Beruwalla et qui va prendre la mer pour être livré aux Maldives. Ce bateau permettra de transporter des vacanciers depuis l’aéroport de Male jusqu’aux différentes îles qui constituent l’archipel. Ils s’avancent sur le bord de l’océan, des débris de carcasses brisées qui s’envasent lentement. Le patron appelle une personne qui est sur le pont. Elle saute dans une barque et rejoint le bord en tirant sur un filin d’acier qui va du bateau au rivage. Ils doivent mettre les pieds dans la vase pour se hisser à l’intérieur de l’embarcation. L’homme tire sur le filin dans l’autre sens. Ils visitent le bateau de fond en comble, il est magnifique, blanc et bleu. Ils vont de la poupe à la proue et, face à l’océan, ils imaginent le voyage. La cabine climatisée, peut contenir une cinquantaine de passagers. Ils descendent dans la cale huilée pour voir les deux énormes moteurs. La visite leur a bien pris deux heures. Ils reviennent sur le bord. Le bateau pour le pêcheur n’est toujours pas là. Il doit toujours arriver dans une quinzaine de minutes. Ils s’installent dans le van pour se reposer et écouter de la musique. Une heure plus tard le lorry qui transporte le bateau arrive enfin. Il n’est pas question de le décharger ici, pour le reprendre et le transporter ensuite à Ambalangoda. Anilh négocie avec le chauffeur pour qu’il continue sa route jusqu’à Ambalangoda. Ce n’est qu’une question de prix. Après une longue discussion, ils tombent d’accord. Le moteur est chargé sur le lorry et déposé à l’intérieur du bateau. En route pour Ambalangoda. Sur la route au milieu de la circulation, le camion et le van se faufilent, se doublent et se redoublent en fonction du flot des véhicules. Sophie espère que tout va bien se passer et qu’elle ne va pas voir le lorry et le bateau quitter la route ou s’écraser contre un autre véhicule. Ici, tout est toujours possible et elle pense avec angoisse qu’il n’y a sûrement aucune assurance prévue en cas d’accident. Ils s’arrêtent près de la maison des parents d’Anilh. Ils envoient un homme avertir le pêcheur pour qu’il vienne avec une équipe afin d’aider au déchargement. Le pêcheur arrive avec une dizaine d’hommes pour aider à descendre le bateau du camion, puis à le porter. C’est un véritable petit événement. Des femmes s’attroupent et regardent tous ces hommes dans leur effort. Le moteur est posé à terre puis mis en sécurité dans la boutique des parents d’Anilh. Puis, avec de multiples précautions, le bateau est sorti du lorry. Des palmes et des pneus ont été posés sur le sol pour amortir le choc lorsqu’ils vont le poser. Une fois à terre, tout le monde se met autour. Le pêcheur bénéficiaire commande la manœuvre, il vient de réaliser que ce bateau est pour lui. Il est très ému et jure sur la tête de son fils qu’il en fera bon usage. Ce n’est pas le moment de se laisser gagner par l’émotion car ce qui importe pour l’instant c’est de porter le bateau en prenant garde de ne pas abîmer la coque en heurtant des restes de murs gisant sur le sol. Le bateau est entreposé derrière la maison des parents de Anilh à l’abri des regards. Puis, après la mousson, lorsque sera revenue la saison de la pêche, il faudra le transporter sur la plage et le faire glisser vers l’océan. Il ne reste plus qu’à transporter le moteur chez le pêcheur. Dans la petite pièce qui sert de lieu de vie à toute la famille, le moteur vient prendre sa place entre la table et le lit. La femme du pêcheur sert des « My Cola », le coca local, des biscuits et des petites bananes, pour remercier Sophie. Sophie donne rendez-vous au pêcheur et à sa famille pour demain matin au bateau, pour faire des photos. Comme il est près de 7 heures, et qu’ils sont en retard, Sophie et Ernst filent directement au village de pêcheurs. Devant le petit restaurant, sur un espace dégagé qui est la base d’une maison, chaque famille a apporté un plat pour les remercier de ce qu’ils ont fait. C’est ce qui reste de la maison du chef du village. Des petits bouts de briques encastrées dans la dalle marquent l’emplacement des pièces Cette maison était assez grande. Il y a un énorme réservoir en plastique qui permet d’avoir de l’eau potable, à côté les restes d’un plan de travail en ciment sur lequel trois briques sont posées pour faire la cuisine. Une petite baraque, dans le coin gauche de la dalle, faite de restes de murs et de planches, d’une dimension de cinq à dix mètre carré, fait office pour l’instant de maison C’est là qu’ils vont manger, des fauteuils de jardin en plastique sont disposés sur cet espace. Le chef du village accueille Sophie et Ernst. Il les fait asseoir et leur offre à boire des jus de fruit. La foule s’assemble. Chacun bavarde et échange sur la vie quotidienne. C’est à la fois chaleureux et indifférent. Le chef du village s’excuse devant la modestie de son accueil. Il lui dit : « Nous vivions dans le luxe, et nous n’avons plus rien ». Sophie réalise que ce village résume la vie. Les riches et les pauvres vivaient côte à côte, dans l’indifférence du quotidien. Le tsunami n’a pas fait de distinction. Face à la vague, plus de classe sociale, maison de briques ou huttes de torchis, tout a été balayé. Chacun se retrouve nu. Toutes les différences sociales sont effacées. Ceux qui n’avaient rien ont tout perdu. Ceux qui avaient tout ont aussi tout perdu. Après la vague, ils ne restaient plus que des hommes et des femmes nus, démunis de tout. C’est seulement dans les instants dramatiques qui ont suivi la vague, que tous les hommes auront été égaux entre eux dans leur dénuement et leur désespoir. Avec la reconstruction, les différences reviennent. Chacun retrouve son statut social, chacun retrouve sa place. Sophie se demande bien pourquoi, cette égalité n’existe plus dès que la vie redevient normale. Pourquoi avec l’aisance de la vie, l’indifférence revient, la solidarité s’amenuise. Il n’y a sans doute pas de réponse. Sophie et Ernst mangent face à tous ces gens qui les regardent. Le chef veille à ce qu’il mange bien de tout. Il les ressert jusqu’à satiété. Il les encourage à manger en disant que de trop manger une fois en passant, ce n’est pas grave. Ils mangent, c’est le seul moyen qu’ils ont de les remercier d’être présent pour marquer leur reconnaissance. Le repas terminé, ils se mêlent à la foule présente. Tout le monde les connaît. Eux reconnaissent ceux qui ont été les plus proches durant cette aventure. C’est la dernière soirée de Sophie et elle ne veut oublier personne. Elle serre des mains qui s’accrochent à la sienne. C’est une atmosphère à la fois heureuse et pleine de tristesse. Chez les gens, elle voit à la fois du bonheur et de l’indifférence. C’est un curieux mélange comme s’ils ne voulaient pas trop s’attacher à cette femme qui part, qui les abandonne un peu malgré ses promesses de retour. Il y a quelque chose d’enfantin dans leur attitude. Ils demandent tellement et pas seulement de l’argent ou des biens matériels. C’est difficile de quitter des gens qui attendent tant de vous. Il reste la journée de demain ce qui permet de les quitter en laissant un peu d’espoir. C’est comme une porte qui se referme mais dont chacun souhaite malgré l’inéluctable qu’elle reste un peu ouverte. Et, au fond, ça n’a pas d’importance parce qu’il n’y a plus personne de chaque côté de la porte. Embrassades, il faut partir. Le temps est passé vite. Heureusement, Sophie est heureuse car elle sait qu’elle a pu, dans le temps compté de son séjour, faire ce qu’elle était venu faire.

samedi 24 juin 2006

Vendredi 23 juin 2006

Vendredi 23 juin 2006

Lever 8h petit dej et on part à la recherche d’un autre guest. Ce n’est pas long, chez l’habitant on trouve une chambre douche WC pour 400 roupies, on est rapidement d’accord, d’autant que tout semble fonctionner sauf la chasse d’eau mais il y a un seau pour la remplacer. Le guest s’appelle Sadeepa Garden du nom de l’enfant que le proprio a perdu pendant le tsunami. Il y a eu 82 morts ici c’est le village où le Français Philippe … a perdu sa petite fille Juliette.

Les lits sont recouverts par des draps aux effigies de la série des Simpson, on n’est pas dépaysé. Pour le prix Véro n’ose pas demander son upper sheet, le drap de dessus, je lui dis que nous allons acheter un autre sarong. Le sarong ce bout de tissu que porte les hommes est une sorte de tube en tissu qui se noue autour de la taille le jour. La nuit c’est un vrai sac de couchage sans fond. Il permet de se couvrir des épaules aux chevilles. Une pure merveille, c’est grâce à Sudath que j’ai découvert cette possibilité parce qu’il pensait que je mettais le mien comme pyjama.

On part. On passe à internet. Ce sont des jeunes très sympas qui ont ouvert ce cyber. Le débit est très bon. C’est tout de suite à gauche après le pont sur la route de Hambantota. On est content et on le leur dit, on reviendra demain avant de partir encore plus à l’Est vers Kataragama qui est notre but avant le retour.

On part visiter le Rock Temple de Mulkirigala, qui est à une quinzaine de km. On mémorise bien sur la carte : aller jusqu’à la ville de Beliatta, prendre à droite en ville, continuer sur cette route jusqu’au franchissement d’une rivière et là prendre encore une route à droite et puis advienne que pourra on n’est plus très loin. Un panneau tout en cingalais indique deux directions, on demande, c’est à gauche.

Le rock temple c’est 500 marches taillées dans la pierre et à la verticale. On escalade assez facilement jusqu’au sommet. En montant Véro refait les mêmes photos qu’il y a 15 ans. Rien n’a changé, aujourd’hui il ne manque que les vaches et les singes.

Au sommet il y a là une petite dagoba et surtout la vue sur la campagne environnante et la mer qui n’est qu’à une dizaine de Km.

On finit notre bouteille d’eau et on redescend en s’arrêtant pour voir des grottes aménagées. L’intérieur a été peint de motifs floraux ou géométriques. Des statues de Bouddhas couchés endormis ont été mises là, avec d’autres statues de bouddhas en méditation et d’autres statues de personnages en vénération.

Il y a plusieurs grottes. Dans la dernière, il y a un bouddha mort. Ces pieds ne sont plus joints symétriquement comme pour les bouddhas, endormis. Ce décalage montre que l’harmonie du monde, l’harmonie de la vie est rompue, c’est donc la mort.

Ce temple rock est un modèle réduit, de Dambulla pour ceux qui connaissent. Ils est très vénéré et des familles de croyants font l’escalade et la visite comme nous.

Retour au sol, toute une envolée de petites vendeuses vient nous proposer du thé, des fruits, des cacahouètes. Elles savent qu’au retour, les visiteurs ont besoin de reprendre des forces.

Oui pour le thé, les tasses sont rapidement rincées dans la cuvette commune, et le thé est servi. Il est nature très chaud et bon. On le boit avec un morceau de sucre spécial qu’il faut mettre dans la bouche avant chaque gorgée. On prend aussi des mangues, elles sont épluchées et coupées en quartiers dans des petits sacs en plastique rose transparent. On ne se pose pas la question de l’hygiène. Une autre vendeuse nous propose maintenant des petites bananes. Lorsqu’on a fini les mangues on ne sait plus quoi faire du sac plastique on le leur rend et elles le jettent par terre. Séance photos. Avec Véro, les petites vendeuses ne peuvent y couper. Tout le monde défile même les papas avec leur bébé. Au milieu de ces gens Véro ressemble à une géante au pays des lilliputiens. Pendant ce temps, la vendeuse de thé note son adresse sur mon carnet pour que nous lui envoyions les photos. De retour à Tangalle on demande au grand photographe de la ville s’il peut faire des tirages dans la journée, pour pouvoir les leur reporter. Non il lui faut 3 jours. On fera faire les tirages à Ambalangoda et nous leur enverrons par la poste avant de repartir.

Nous déjeunons dans le même restaurant qu’hier. Il est trois heures et on décide de s’offrir une fin de journée farniente et piscine dans le grand hôtel de Tangalle le Eva Lanka.

Là franchement c’est super de chez super. On pourrait se croire à Bali, c’est vous dire. Un grand corps de bâtiment qui sert d’accueil et abrite des parties communes bar, restaurant. Une piscine gigantesque d’eau de mer aux formes hollywoodiennes et perdu dans la nature qui descend jusqu’à la mer des bungalows dissimulés. En bas, une autre piscine surplombe la plage et l’océan.

Comme d’habitude on fait piscine privée parce qu’il n’y a que nous. Mais aujourd’hui la mousson nous joue des tours. Nous allons nous abriter dans les salons qui bordent la piscine dans des fauteuils cannés. Puis nous nous baignons à nouveau lorsque la pluie cesse.

Comme le dernier orage semble vouloir durer nous nous habillons. Le manager et ennuyé pour nous et nous propose de revenir demain gratuitement. C’est très aimable de sa part. Comme il pleut toujours nous nous déplaçons vers le bar et commandons deux thés. Le garçon nous apporte une pleine assiette de gâteaux à chacun, ils sont comme des tranches de quatre quart aux épices. Comme nous nous étonnons, le garçon nous informe que le manager est vraiment désolé de ce mauvais temps et il nous offre ces gâteaux et le thé.

Nous attendons que la pluie cesse pour rentrer. On serait bien resté, mais c’est 140 euros la nuit. On retourne donc dans notre petit guest house familial, sans regret d’ailleurs parce qu’on sent qu’on va y être bien.

Pour dîner, on se fait conduire par un tuk tuk sur la route de la plage. Le conducteur parle un peu français, il a travaillé à Paris et au Cameroun. Il nous dépose devant un restaurant où le repas est délicieux du thon pas sec avec plein de légumes cuits à la vapeur et du riz nature. Au dessert du curd au miel évidemment.

On entend la vague qui frappe la plage. Ici à Tangalle la mer est particulière. Imaginez un coup de boutoir énorme suivi d’un bruit d’éparpillement et d’éclaboussement d’eau, puis plus rien, le silence et à nouveau ce coup de boutoir terrible qui fait vibrer le sol, les gens. Ici la mer ce n’est pas pour nous, seuls les pêcheurs peuvent s’y aventurer.

Journée de gens gentils c’est bon quand ça arrive des jours comme ça.

Chapitre 22 : Le tribunal (2)

22) Le tribunal (2)

Ta voie est bonne pour toi, mais pas pour moi. Ma voie est bonne pour moi, mais pas pour toi.

Swami Vivekananda


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Retour au tribunal de Balapitya. Elle pensait que c’était simplement une procédure pour obtenir l’ordre d’enlever les meubles et les outils de chez Sarath, mais c’est une nouvelle audience. Elle a oublié de mettre son chemisier blanc à manches longues. Finalement ça n’a pas d’importance, tout se déroule de la même façon qu’hier. Attente de 10h à midi dans la cour au milieu des voitures, des gravats, du chantier de reconstruction, des autres justiciables, du public et des avocats. Audience vers midi dans le même décor avec les mêmes acteurs, Sarath dans la cage des accusés, mais cette fois la présidente statue sur la restitution des biens à Sophie. La liste de tout ce qui a été payé avec l’argent de l’association est approuvée par les deux parties et Sophie va pouvoir récupérer tout ce qui est noté sur cette liste. C’est fini. C’est une petite victoire. Sophie est heureuse de pouvoir ainsi récupérer une partie de l’argent investi et pouvoir donner tous ces biens aux pêcheurs. Ils doivent tous se retrouver au guest à deux heures avec l’inspecteur, les camionnettes et les ouvriers. Sophie appelle Anilh pour lui confirmer le résultat et pour qu’il s’occupe de la location de camionnettes pour le déménagement. Elle va déjeuner avec Ernst.

À deux heures ils arrivent au guest. L’inspecteur est déjà là, il est en pleine discussion avec un groupe d’une trentaine de femmes qui manifestent contre l’enlèvement du matériel et notamment des armoires parce qu’elles n’ont rien eu. C’est certainement, un coup monté par Sarath ou par les autres intermédiaires, qui n’ont pas pu tirer un profit personnel de l’opération de Sophie. Heureusement que l’inspecteur est là pour faire respecter l’ordre et l’arrêt du jugement. D’autres femmes arrivent, mais celles-ci viennent pour soutenir Sophie. Elles s’en prennent à Sarath et à l’autre groupe de femmes. L’inspecteur est obligé d’intervenir avec détermination pour maintenir le calme. Les deux camionnettes arrivent, ce qui fait diversion, chacun se pousse pour les laisser passer. Les deux groupes se mélange et finalement malgré les protestions ou le soutient des femmes, les armoires, l’outillage, divers matériels et le reste du bois sont chargées. L’atelier est vide. L’inspecteur, demande à Sophie et Sarath de signer la liste des objets emportés pour solde de tout compte. Sophie remercie l’inspecteur et son secrétaire. Ils souhaitent que Sophie vienne les voir lorsqu’elle reviendra au Sri Lanka. Les policiers sont très fiers de cette opération, comme si pour une fois ils avaient pu aller au bout de ce qu’ils souhaitaient. Ils demandent timidement à Sophie de leur donner chacun une armoire. Sophie sait que sans eux, elle n’aurait jamais eu gain de cause, elle est heureuse de pouvoir les remercier de cette façon et elle accepte. Elle les salue, puis avec la moto, ils ouvrent la voie au petit convoi pour les guider jusqu’à la maison de Anilh. Tout le monde s’écarte pour les laisser passer. Des femmes les touchent au passage en leur disant merci, d’autres s’en retournent chez elle sans les regarder. Sophie sait qu’elle quitte pour toujours ce Guest House. En peu de temps tout a changé, les repères, les amitiés, l’argent du tsunami est venu remettre les pendules à l’heure. Elle se sent libre maintenant. Elle sait que c’est elle qui dirige, qui décide. Elle n’est plus manipulée. C’est comme un poids en moins dans sa poitrine, un soulagement. L’air frais fouette son visage, elle se serre contre Ernst, elle est heureuse. Chez Anilh, il y a déjà les familles qui attendent. Siri est venu avec eux. Il est venu pour récupérer les armoires destinées à l’inspecteur et son secrétaire. Il les leur remettra discrètement. Anilh et Samantath ont commencé la distribution aux familles. Les armoires sont chargées dans des remorques tirées par des motoculteurs et elles repartent pour le village sud.

L’affaire est rondement menée et vers sept heures, tout est terminé. Le reste de bois, les lits partiellement terminés sont stockés dans la maison d’Anilh. La machine, les outils sont emmenés chez les parents et mis dans une pièce fermée. Anilh va trouver quelqu’un pour acquérir tout ce matériel. Ce soir, tout le monde est trop épuisé pour décider de quoi que ce soit. Ils se retrouveront demain 9 h, pour essayer de récupérer le bateau qui doit être livré à Beruwala. Ils rentrent à Hikkaduwa. Ils sont tellement fatigués de cette journée et par le stress du retour qu’ils s’arrêtent au restaurant Blue Shadow qui propose un menu unique, car ils sont trop épuisés pour avoir envie de choisir. Lorsque Sophie raconte son aventure au patron du Blue Shadow, celui-ci lui dit immédiatement qu’elle ne récupérera jamais rien. Elle lui dit qu’elle a tout récupéré en deux jours. Il n’en revient pas. Elle mesure à sa surprise combien l’aide de la police a été déterminante.

vendredi 23 juin 2006

Jeudi 22 juin 2006

Jeudi 22 juin 2006

Lever 7h30, soleil Petit dej. 8h le ciel nous tombe sur la tête. On a vu le grain monter de l’océan, envahir toute la baie et crever sur nous. Ce n’est finalement pas si important cette pluie de mousson, hier au Resort d’Unawatunna ils arrosaient la pelouse. 8h30 le soleil est revenu et nous partons.

Plein d’essence à Matara. Sur la route notre moto consomme peu on a fait 150 km avec 4,8 litres.

Arrêt à Dondra. Dondra c’est la pointe sud de l’île. En face c’est le continent antarctique, le pôle Sud. Il n’y a rien que l’océan entre les deux et les vagues qui frappent cette côte arrive directement du pôle Sud. Dondra c’est aussi le souvenir d’une superbe pérahéra qui se déroule en même temps que celle de Kandy mais qui est plus authentique et moins envahie par les touristes.

On repart, comme je ne connais pas la route, on roule cool. 40 ou 50 à l’heure, mais on est dans la vitesse des autochtones et on ne se traîne pas. Au contraire si vous demandez a Véro qui rebondit à chaque tour de roue, l’impression de vitesse est maximum.

Ce ne sont plus les autres véhicules qui deviennent dangereux mais quantité de vaches et de chiens qui errent, vaquent ou divaguent sur la route sans se préoccuper de rien.

On va au Kingdom Resort, le nom nous semble correspondre à notre niveau de roi de la route. On se dit que pour boire un café on aura toujours les moyens de se l’offrir. On galère un peu sur le petit chemin qui mène vers la mer. Toute la journée, on aura à franchir de gigantesques flaques d’eau, mais pas très profondes.

On arrive dans une superbe propriété face à la mer. Un magnifique jardin et une maison style maison du sud des Etats-Unis, toute en largeur, qui donne sur le jardin et la mer. Un homme s’approche et nous explique que c’est fermé. Nous lui demandons quand même de faire un tour dans le jardin jusqu’à la mer.

Nous repartons en direction de Dickwella où il y a aussi un superbe hôtel pour boire notre café. C’est effectivement un ensemble de bâtiments bien intégrés dans le paysage et pour ainsi dire invisible tant qu’on n’y est pas. Cela ressemble aux grands hôtels balinais. On est bien accueilli comme toujours. On prend un café sur une terrasse qui domine l’océan. Aux poutres de la terrasse sont suspendus des sacs en plastique long comme une bouteille et rempli d’eau. On demande à quoi cela peut bien servir, ça peut-être décoratif, mais limite pour le niveau de l’hôtel. Un garçon nous explique que c’est contre les moustiques. Le moustique arrive et voit à travers l’eau contenue dans le plastique, un monde déformé et horrible, il prend peur et s’enfuit. On peut aussi imaginer qu’en reculant de frayeur, il vienne se cogner contre un autre récipient de plastique, s’effrayer de nouveau et ainsi de rebondissement en rebondissement devenir fou et même ne plus se souvenir qu’il est un moustique et même peut-être oublier de piquer. Je vous le livre tel qu’il nous l’a expliqué. Vous pouvez essayer chez vous le long de la véranda, vous me direz si ça marche. Comme c’est une maison sérieuse, je ne pense pas qu’ils nous aient pris pour des imbéciles. Si ça ne marche pas chez vous c’est certainement cette dernière hypothèse que vous devrez privilégier.

On roule à la Easy Rider, cool, en on enchaîne les virages, les bosses, les nids de poules avec beaucoup de philosophie. Je pense avec encore un peu de route, pouvoir faire une thèse sur le lieu ou la poule fait son nid sur une route. C’est toujours à l’ombre, si possible à la sortie d’un virage et quand la densité de circulation est telle qu’il est impossible de l’éviter. On ne dirait pas, mais ça a l’esprit tordu, une poule.

Tangalle recherche d’un guest. Le premier 2000 roupies la nuit avec eau chaude. Ce n’est pas dans un budget de biker. Le deuxième 1600, Véro dit : une chambre comme ça mais je n’ai jamais payé plus de 1000. C’est d’accord pour 1000. Comme quoi, dans la vie, il faut dire pour se comprendre.

Installation et repas dans un petit restau pour autochtone mais qui fait vrai resto comme chez nous. On retourne à Dickwella voir une statue de bouddha qui fait 50 m de haut. C’est vrai qu’en pleine campagne, on ne peut pas la rater. Tout est très kitch comme dit le routard et tout est hyper réaliste, cela ressemble au musée grévin dit Véro. En hyper réaliste, l’enfer : un homme suspendu la tête en bas, les jambes écartés et en train d’être scié en deux par deux démon qui tire sur une scie longue est plate qui sert à découper les grumes en planches. Ainsi tout l’enfer est personnalisé. Je vous laisse imaginer toutes les horreurs. Puis le coté pédagogique, en style BD : dans la vraie vie, l’image illustre un homme tuant un poulet en l’étouffant, l’image au dessous l’enfer on voit l’homme entrain de se faire étrangler par les démons. Un homme fait travailler un bœuf en l’attelant à une charrette, en enfer, on voit l’homme attelé à la charrette le dos en feu qui marche à quatre patte. J’arrête, il y a ainsi sur 200m de chaque côté d’un tunnel des centaines d’illustrations. C’est promis, on est sage et gentil à compter de maintenant. Puis on monte dans le bâtiment qui soutient le Bouddha. On monte par palier et chaque étage est une illustration par quantité de planches de la vie du Bouddha. Tout en haut, un homme nous fait mettre la tête dans la tête du bouddha. Comme chez un ophtalmo, on a le menton qui repose sur le bas de la fenêtre et le front butte contre le haut. Dans la tête du Bouddha il y plein de petits Bouddha tous en rond et qui semblent bien sages, cependant il y en a un qui est tombé ? Pendant ce temps l’homme me frappe sur la tête en débitant des prières en tonalité d’OM. C’est bon, Véro et moi on ne risque plus rien, on peut redescendre et reprendre la moto. 50 roupies quand même la consultation.

Retour en direction de Tangalle, a mi chemin il y a le Blow Hole : le trou qui souffle. C’est une particularité du coin qui est maintenant classée. On galère un peu pour trouver, les explications du routard sont toujours excellemment nulles.

On laisse la moto et nos casques à un gardien improvisé.

On approche de la falaise, il y a une faille dans le rocher, la vague s’engouffre, un énorme ronflement se fait entendre, une bruine jaillie du rocher comme un jet de vapeur et un geyser d’eau suit immédiatement et éclabousse la falaise. Ce n’est pas à chaque vague, il faut patienter, mais c’est impressionnant. On revient à la moto. Le gardien ne l’a pas perdue de vue et il n’a pas lâché nos casques qu’il tient toujours à la main. 20 roupies de gardiennage bien qu’il en réclame 50.

En repartant, on remarque dans le village une équipe en train de tourner un télé-film. Véro prend des photos du tournage et de l’acteur et de l’actrice principale, tous se prêtent au jeu.

Retour à Tangalle courses au Food City et recherche d’un cyber café. On se rend compte que c’est une denrée pratiquement inconnue ici, surtout pour lire la disquette ou la clé contenant les fichiers word. On va essayer de trouver demain. Il y a aussi ici un grand hôtel, on ira boire un café, ils auront peut-être internet.

Retour au guest, le patron nous informe qu’on ne pourra pas passer une deuxième nuit chez lui, demain il y a une réunion et toutes ses chambres sont prises. Bon on verra demain.

Dîner en centre ville dans un restau chic mais pour autochtones.

Retour pour dormir, ici le bruit de la vague qui tape sur la sable est tel qu’on dirait le bruit d’un rouleau compresseur qui tombe dans une piscine.

Chapitre 21 : Le tribunal (1)

21) Le tribunal (1)

Il y a un lien étroit entre ne rien avoir et ne rien voler.

Gandhi


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La journée s’annonce belle. Sophie choisit de mettre un pantalon noir un peu large pour qu’il flotte et un tee-shirt blanc. Elle emballe dans son sac, le chemisier qu’elle mettra sur son tee-shirt au dernier moment, pour ne pas prendre le risque de le salir. Elle tire ses cheveux en arrière pour que le casque ne lui fasse pas une coupe ridicule. À neuf heures, ils sont au poste de Police d’Ambalangoda. L’inspecteur est en tenue, il a sur la poitrine toute une série de barrettes qui montrent qu’ils n’ont pas à faire à un simple policier. Sarath est là avec son complice du guest qui l’accompagne toujours et surveille ce qu’il dit. Pendant deux heures, ils subissent la déposition de Sarath. Sophie ne comprend pas très bien cette déposition tardive. Il lui semble qu’il aura eu tout le temps de se mettre d’accord avec son avocat, sur une version minimaliste. Tout est en cingalais, elle ne comprend rien. Cependant, elle se rend bien compte que Sarath la charge et qu’il essaie de compliquer l’affaire en mêlant Stéphan, à tout ça. Comme ses explications et ses développements n’en finissent pas, le policier est obligé de lui dire qu’il doit s’en tenir au fait et ne pas refaire le monde. Dès qu’il a terminé, le policier leur dit de se rendre à Ballapitya et d’attendre au tribunal. Siri est dehors, il attend à la sortie du poste de police. Il veut venir avec Sophie, pour la soutenir par sa présence. Il éprouve pour cette femme beaucoup de sympathie. Il ne sait pas pourquoi. En principe les femmes occidentales ne lui font aucun effet. Il y a trop de différence. Elle, au contraire, il a l’impression qu’elle comprend ce qu’il fait, ce qu’il veut faire. Il est sûr qu’il y a entre elle est lui quelque chose qu’ils ont en commun. Il ne sait pas quoi, mais il sait que ça existe et que ça leur donne des affinités. Sophie est heureuse de voir qu’il a choisi son camp. Elle ne sait pas pourquoi elle l’aime bien, c’est comme ça, elle ne veut pas forcément connaître les vraies raisons. Sophie et Ernst ne savent pas où se trouve le tribunal. Siri prend un tchuk tchuk et ils suivent à moto. Ce n’est pas très loin, quatre ou cinq kilomètres. Le tribunal est à l’entrée de Ballapitya. Il a été en partie détruit par le tsunami. Ils pénètrent sur un terrain envahi par des gravats, des briques, des plaques de fibrociment, tout un tas de vélos rouillés empilés là. Le corps principal du palais de justice est formé de deux bâtiments parallèles. Ces deux bâtiments sont des salles d’audience. Un troisième bâtiment réunit les deux précédents pour former une sorte de U. Ce troisième bâtiment abrite les bureaux des juges et du personnel judiciaire ainsi que les archives. La salle des pas perdus où les justiciables attendent, c’est dehors, entre les bâtiments, là où sont aussi stationnées, parmi les détritus du tsunami, les belles voitures Nissan et Toyota des magistrats et des avocats. Ici, travaillent les hautes castes sri lankaises. Un varan se ballade au milieu de tout ça. Il est complètement affolé par tout ce monde. Il se réfugie dans la salle des archives où il doit servir de machine à détruire le papier… Il ressort, passe dans le bureau à côté. La secrétaire est paniquée et les hommes qui sont avec elle ne semblent pas très hardis pour le faire sortir. Il déboule sur le trottoir, parmi la foule des justiciables. Il s’affole et affole les gens. Il se réfugie sous une des belles voitures des magistrats. Ils attendent, le temps passe lentement. Au bout de deux heures, ils ne savent toujours pas si leur tour va bientôt venir. L’avocat, ami de Siri, essaye de négocier avec l’avocat de Sarath, mais ce dernier ne veut rien savoir. Il se sent fort. Il y a certainement quelque chose qui leur échappe. L’avocat dit à Sophie de passer son chemisier blanc. Il pense que ça va bientôt être leur tour. Ils pénètrent dans la salle d’audience. C’est une grande salle, à gauche des sièges pour le public. Il y a des gens du village de pêcheurs qui leur adressent des sourires et leur font comprendre qu’ils sont venus pour savoir et pour pouvoir faire un compte-rendu au village. Ils s’y installent. Au milieu de la pièce, il y a la table des avocats qui attendent que leur affaire soit appelée par le juge. Ils sont chacun vêtus d’un costume noir, d’une chemise blanche, d’une cravate noire. C’est certainement la tenue obligée. C’est aussi le lieu des négociations discrètes. L’avocat de Sophie est penché vers un autre qui doit être celui de Sarath. En face il y a une grande cage avec d’énormes barreaux dans laquelle se trouvent les prévenus dont Sarath. Le voir enfermé là, apporte un peu de satisfaction à Sophie. Quoi qu’il arrive elle sera satisfaite d’avoir réussi à l’emmener là parmi les prévenus. Devant la cage, il y a un banc sur lequel vient s’asseoir le prévenu quand son affaire est appelée. C’est une cérémonie qui se déroule sous ses yeux. À un bout de la pièce, à l’opposée de l’entrée principale, il y a un siège surélevé sur lequel est assise une femme, c’est la présidente du tribunal, elle est enveloppée dans une robe noire. C’est elle qui préside l’audience et décide du résultat. Elle est jeune, belle. Elle donne l’impression d’être très fier d’être sur ce siège. Elle a dû lutter pour en arriver là. Sophie sent bien qu’il faudra compter avec elle. À ses pieds, les policiers qui ont mené les enquêtes sont réunis. Sophie reconnaît l’inspecteur et son secrétaire. L’affaire de Sarath est appelée. Il sort de la cage et prend place sur le banc des prévenus. Les avocats s’avancent aux pieds de la présidente. L’avocat fait signe à Sophie de se lever et de s’avancer dans la salle pour être vue de la présidente. C’est elle qui décidera si Sophie doit intervenir. De même l’avocat de Sarath fait signe à l’homme du guest de s’approcher et de se montrer aussi. Les débats commencent. L’inspecteur parle en premier sans doute pour présenter l’affaire. L’avocat de Sarath, dans son costume neuf, hurle, vocifère, et montre son témoin. L’avocat de Sophie, dans son costume élimé qu’il a dû acheter d’occasion, fait ce qu’il peut. Il montre Sophie qui attend debout devant la présidente.

La présidente fait un geste de la main, elle ne veut pas entendre les témoins. La présidente autoritaire et tout en dignité s’exprime d’une voix de petite fille qui ne semble plus du tout correspondre avec sa fonction. Lorsqu’elle s’arrête de parler, l’avocat de Sophie lui fait signe de sortir, c’est fini. Dehors, entre les bâtiments, il explique que la présidente a déclaré sa juridiction incompétente pour le détournement d’argent. Tout le monde est déçu. Pour récupérer l’argent, il faudra faire une demande devant la juridiction de Galle qui est seule compétente pour ce genre d’affaire. Au mieux l’audience pourrait avoir lieu en octobre. Sophie a besoin de temps pour prendre sa décision et elle dit à l’avocat qu’elle va se rapprocher de l’ambassade de France. Elle décide de revenir au poste de police pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer, pour qu’il y ait eu un tel retournement de situation. Au poste, le commissaire joue avec son fils qui est assis sur ses genoux. Dans la pièce cachée par le rideau, Sophie voit une femme qui se recoiffe. Le commissaire dit à Sophie qu’il est accablé par cette décision. Il veut essayer d’aider Sophie. Il appelle la juge. La discussion dure et le ton n’est pas toujours très cordial. Il raccroche et lui dit que pour l’argent, il n’est pas possible de changer quoi que ce soit au jugement rendu. Même si elle veut aller devant la juridiction de Galle, elle n’obtiendra rien. Elle se bat contre des gens corrompus et qui sont au pouvoir et contre des personnes qui ont intérêt à ce que cette histoire ne déborde pas. Il y a derrière tout ça en fait le détournement de l’argent du tsunami et le pouvoir ne souhaite pas qu’une instance de justice le constate. Il y a aussi avec cet argent l’alimentation du trafic des pierres précieuses, tenu par la mafia et elle aussi, ne souhaite pas de publicité. C’est ainsi, ce pays a besoin d’argent pour son effort de guerre, peut importe d’où vient l’argent, même la police et même la justice n’y peuvent rien. Cependant pour le matériel qui est chez Sarath, la juge a bien compris que Sophie souhaitait récupérer parce que c’est elle qui a tout financé. Elle accepte que Sophie dépose, par l’intermédiaire de son avocat, une deuxième requête pour demain. Elle l’acceptera et statuera favorablement. Il s’excuse de cette situation et il va l’aider. Pour lui Sarath et son complice sont de vraies crapules et il y trouvera bien un moyen pour les coincer. Ce sont des hommes comme eux, qui auraient dû être emportés par le tsunami. Puis, il s’adresse à Sophie et lui dit : Vous devez garder à l’esprit tout ce que vous avez fait pendant ce mois, essayez d’oublier le reste et retournez en paix dans votre pays. Vous savez la police est au courant de tout. Nous savons que Sarath a essayé d’obtenir de fausses factures. Nous savons aussi que les gens sont satisfaits de votre action. Pendant ces six mois, dans la circonscription dont je m’occupe, j’en ai vu des aventures. Des Européens ont mené comme vous, une action pour donner des armoires. Ils les ont distribuées. Ils étaient pressés de bien faire et de partir pour mener d’autres actions ailleurs. Dès qu’ils furent partis, le camion de livraison est revenu et le menuisier a racheté les armoires à moitié prix. Vous, vous êtes restée et vous avez continué à vous intéresser aux gens. C’est peut-être ça qui leur a fait le plus de bien. Récemment, une grande ONG européenne a fait une distribution de vivre et de vêtement. Il n’y en avait pas pour tout le monde. Dès qu’ils sont partis, une bagarre générale a éclaté et nous avons dû intervenir ! J’ai aussi des rapports sur des bateaux achetés par une association, revendus d’occasion par le pêcheur à une autre association qui les redonne à un autre pêcheur et ainsi de suite. J’ai des rapports sur des personnes habitant leur maison provisoire la journée pour recevoir l’aide lorsque les associations passent. La nuit, ils vivent dans leur vraie maison à l’intérieur des terres. Les moines du monastère ont fait financer des habits pour des enfants. Avec l’argent, ils ont fait creuser un puits, soi-disant pour le camp de réfugiés. Lorsque le camp fermera, le puits restera. Le rabatteur, un guide qui a amené la personne avec l’argent au monastère a fait marquer sur le puits que ce dernier a été réalisé grâce à une donation faite par sa famille. Tout finit par arriver au poste de police. Il faut que vous réalisiez, que vous avez su éviter ce type de comportement, que vous avez fait un vrai travail d’aide et que c’est ça qui compte. En évitant les intermédiaires vous êtes sûre que tout votre argent est réellement allé aux vraies victimes. Les gens comme Sarath profitent du malheur des autres, mais c’est aussi de votre faute. Les Occidentaux veulent des résultats immédiats. Des intermédiaires ont vite compris et fournissent dans des délais très courts à n’importe quel prix, ce qu’ils souhaitent. Allez, je vous confie à l’inspecteur de Silva qui a pour mission de vous faire obtenir le maximum dans les jours qui vous restent. Sophie est surprise et étonnée par ce discours. Elle le remercie. Elle se dirige vers le bureau de l’inspecteur. Elle commence à bien connaître l’établissement et s’y sent presque à l’aise. Dans son bureau l’inspecteur qui revient de déjeuner avec son secrétaire, lui explique une chose qu’elle a des difficultés à comprendre tant ils parlent mal anglais l’un et l’autre et tant c’est loin de sa pensée. Ils lui disent que Sarath a versé de l’argent au tribunal. C’est Ernst qui comprend le premier et lui explique que Sarath a versé un lack au tribunal. L’inspecteur lui dit que c’est ce qui explique cette décision, qui n’en est pas une, mais qui permet de repousser le vrai jugement et d’arrêter l’enquête. La famille de Sarath est très introduite dans le milieu judiciaire, l’avocat qui le défendait était son beau-frère venu exprès de Colombo. Il est très connu. Ce n’était malheureusement pas la même pointure que le vôtre qui n’était qu’un débutant. Mais, au fond, ça n’aurait rien changé. À ce propos, nous allons le contacter pour qu’il dépose le recours pour demain. Pour récupérer ce qui reste chez Sarath, ils ont besoin de la coopération de Sophie. Il faut qu’elle finance la location de un ou deux camions et les services de quelques ouvriers afin de récupérer rapidement le matériel. Ce genre d’affaire ne se règle jamais aussi rapidement, mais comme ils savent que Sophie part bientôt, ils vont accélérer les choses. Sophie leur donne son accord pour financer la location des lorries. Elle leur confirme qu’elle n’a pas de problème pour tout stocker dans un endroit sûr. Ils lui disent enfin que Sarath a donné son accord pour qu’elle récupère le matériel et qu’il versera même une somme de six cents euros, si Sophie abandonnait toute poursuite. Sophie n’a pas l’intention de poursuivre, si à chaque fois, c’est pour apprendre que de l’argent a été versé au tribunal. Ils appellent Sarath qui arrive, toujours accompagné par son homme de compagnie maintenant. Il veut bien donner son d’accord sur tout, à condition que Sophie écrive une lettre d’excuses et qu’elle informe le tribunal qu’elle s’est trompée, afin que l’affaire disparaisse des registres. Il se vante devant les policiers de connaître tous les avocats et d’avoir tous les juges pour lui. Sa sœur et son beau-frère sont proches du pouvoir. Pour lui le tribunal l’a innocenté. Sophie refuse d’écrire quoi que ce soit. Du regard, les policiers la remercient de ne pas avoir cédé. Sarath sort en disant que dans ces conditions, il n’a plus rien à faire ici et qu’il garde tout. Son compagnon se moque de ce que pense Sarath. Il le renvoie sans ménagement dans le bureau des policiers pour qu’il donne son accord afin qu’elle récupère ce qui lui appartient. Ce type ne lui laisse pas le choix. Pour lui l’argent n’est pas à rendre, c’est le principal. Sophie réalise que c’est lui qui décide pour Sarath et lui dicte sa conduite. Qui est-il ? Sarath donne son accord sur tout, il n’est plus question ni de la lettre ni de rendre de l’argent. Les policiers donnent rendez-vous à Sophie pour demain à dix heures au tribunal de Balapitya pour récupérer l’ordre d’enlèvement.

Elle et Ernst peuvent partir et aller déjeuner. Ils rejoignent Anilh. Tout en déjeunant, ils organisent l’enlèvement de demain. Anilh louera deux camions et 4 ouvriers dès qu’elle l’appellera. Les camions viendront au guest. Ensuite tout sera transporté à sa maison provisoire. Demain matin, c’est aussi l’arrivée des dernières armoires pour les pêcheurs du sud. Anilh se chargera de les réceptionner au même endroit et informera les familles de venir les récupérer en fin d’après-midi, car à ce moment-là tout sera réglé côté Sarath. Elle charge aussi Anilh d’appeler le chantier naval de Beruwala, si le bateau est là, qu’il retienne Samantha et ils iront le récupérer après-demain. C’est serré, mais réalisable. Sophie passe relever sa boîte aux lettres Internet. Dans Ambalangoda, deux hommes l’approchent et lui disent merci pour l’aide qu’elle leur a apportée. On a encore besoin d’aide, on a des enfants que nous voulons scolariser, disent-ils. Sophie leur explique qu’elle n’a plus d’argent, tout ce qu’elle avait apporté, a été dépensé. Elle espère qu’elle pourra plus tard les aider encore. Sophie et Ernst retournent à Ikkaduwa. Malgré le jugement, la journée a été bonne, tous ces gens qui leur ont témoigné tant de gratitude

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